"Mon Dieu, elle est là!", telle fut ma réaction lorsque j'ai revu ma 6 hier, pour la première fois depuis fin 2012, dans l'entrepôt des douanes de Montréal.
L'histoire commence mi-2012 : j'habite au Canada depuis 2 ans et je n'ai personne de confiance pour s'occuper de ma 6 restée en France. Elle dort depuis trop longtemps déjà dans un hangar de gardiennage de caravane et j'ai peur qu'elle se dégrade trop. Il fallait agir, prendre une décision. La vendre à distance ? Trop compliqué. La laisser mourir ? No way! Volens nolens, j'ai continué à repousser ma décision. Et là, miracle! Le ministère canadien de l'immigration m'informe de mon obtention du statut de résident permanent avec possibilité d'importer au Canada l'ensemble de mes effets personnels sans frais douaniers. C'est décidé : je la fait venir !
Fin 2012, à l'occasion d'une visite en France, j'ai contacté Marcel (Marcel Picmard sur notre forum) qui est un afficionados et fin connaisseur des 6. Marcel tient un garage près de Saumur dans le Maine-et-Loire et a déjà réalisé de beaux travaux sur ma 6, dont un changement de moteur. J'ai beaucoup de difficulté à masquer toute l'admiration que j'ai pour la qualité de son travail et les précieux conseils qu'il m'avait prodigué. Je souhaitais que la voiture arrive en bon état ici. Marcel accepte donc de prendre en charge ma 6 pour une restauration de la carrosserie et quelques travaux avant importation. Je lui ai amené la bête fin-novembre 2012, elle a quitté son garage en février 2014 !
Pendant ce temps, sur le forum, je lis un post passionnant d'Hervé qui propose aux membres un achat groupé sur une ligne d'échappement en acier inoxydable. Hasard du calendrier, je me déclare participant sans hésiter ! Une fois les lignes fabriquées, je bavais littéralement d'envie devant les premières photos et descriptions postées par Hervé. Que j'avais hâte. Plus tard, Olivier alias sharknose, le chef de tous les chefs, a eu la gentillesse de faire un petit détour par le Maine-et-Loire pour déposer la ligne chez Marcel. Nous étions en octobre 2013, la carrosserie était réparée et repeinte, la mécanique était au point : il ne restait que le siège conducteur à réparer et monter 4 pneus neufs.
Il était alors temps que de mon côté, je commence les démarches auprès de la douane canadienne pour déclarer l'arrivée de mon bolide sur le territoire. J'ai confié le "marché" à la petite société avec qui j’avais déjà fait affaire pour la livraison de mes meubles. En effet, ils avaient dans leurs champs de compétence le transport transatlantique d'automobiles. Fort bien. Le contrat comprenait la prestation suivante : retrait de la voiture dans le Maine-et-Loire. Préparation du container, prise en charge des procédures douanières. Sur le papier, le processus semblait clair et maîtrisé. Cela n'a pas été si simple ...
Fin-2013 début-2014, je m'entends avec Marcel et cette compagnie sur une date d'enlèvement sur site de la voiture. Le jour fixé, je reçois un email de Marcel qui m'explique que la voiture est toujours chez lui. La société a envoyé un très jeune chauffeur avec un plateau trop petit ! Le jeune homme voulait transporter la voiture jusqu'au port d'Anvers dans cette configuration et Marcel a du intervenir pour l'en empêcher. Avec un étonnement qui tutoie la consternation, j'appelle Marcel pour le remercier de sa providentielle intervention et j'envoie un courrier électronique à la société de transport en la sommant de bien vouloir s'expliquer. "Comment pouvait-on deviner la taille de votre voiture ?" --> "Pourquoi m'avez-vous donc demandé 3 fois le modèle dans ce cas ?". Leçon apprise, le gérant de la société loue un plateau de plus grande taille et revient chercher la voiture chez Marcel 3 semaines plus tard. Cette fois c'est la bonne !
La voiture a été mise en container puis embarquée a bord du Maersk Penang à Anvers en Belgique. J'ai pu suivre sur internet le cargo jusqu'à sa sortie de la mer Celtique puis, il est réapparu 2 semaines plus tard sur le radar à son entrée dans le golfe du St-Laurent .
Samedi 22 mars 23H00 : le Penang arrive au port de Montréal. Je suis excité comme une petite pucelle. Je n'ai vu la voiture restaurée qu'en photo et il me tarde de la voir et la conduire. Je sais que la procédure de déchargement va prendre un peu de temps. Au bout d'une semaine, je reçois un appel de la douane canadienne : "Nous avons trouvé de la terre sur l'une de vos roues, nous allons devons devoir procéder à la décontamination de votre auto". En effet, la loi canadienne interdit l'importation de biens souillés par de la terre car elle peut contenir des bactéries très nuisibles à l'agriculture nationale. Peu importe que l'on estime que la terre française soit mondialement reconnue pour sa dangerosité extrême ou non ... Il faut y passer bien que j'étais, je suis et je serai toujours convaincu que c'est un excès de zèle pour récupérer de l'argent de manière indirecte ... Les pneus de cette voiture n'ont jamais roulé, je vois très mal d'où provient la terre justifiant une mise en désinfection très onéreuse. La douane n'a d'ailleurs jamais fourni les photos demandées de la roue souillée. Bref, cela a retardé de 2 semaines mes retrouvailles avec ma belle.
Jeudi 3 avril : Je reçois un appel de la société. "L'ensemble des contrôles sont terminés et vous pouvez donc aller à l'immeuble des douanes pour finaliser le dédouanement du véhicule"
Vendredi 4 avril : Première heure, je fonce à l'immeuble des douanes dans le vieux-Montréal. J'arrive avec une heure d'avance et je passe en premier. La charmante officier de douane vérifie mon identité et me tamponne tous les formulaires, tout se passe bien.
Vers midi, je reçois un appel de la société qui me dit que je peux aller chercher la voiture à l'entrepôt. Il est situé à environ 25km du centre-ville, près de l'aéroport. Mon interlocuteur me fait également savoir qu'il n'y a plus de batterie et qu'il va falloir prévoir une dépanneuse car il n'a pas de rampe de déchargement et pas de quoi démarrer la voiture. Je voue une profonde haine et un mépris tout aussi profond pour ces plans foireux de dernières minutes. Je vais donc dans un Canadian Tire (un équivalent de Norauto) pour acheter un starter à batteries mais j'apprends qu'ils ne sont pas vendus chargés. Merde ! J'achète donc une batterie neuve qui va me servir à démarrer. J'arrive sur place, la porte de la voiture est ouverte et la clé de contact est en position marche. Pas étonnant que la batterie soit complètement vide ! Je constate également que l'entrepôt est séparé en 2 parties par un grillage. La seconde partie dispose d'une rampe de déchargement mais la partie dans laquelle est situé ma voiture non. Mais pourquoi diable l'ont-ils mis dans la mauvaise partie ??? Et le pire : un employé arrive tout sourire avec un chargeur de batterie alors qu'ils m'ont fait acheter une batterie neuve et prendre le taxi à grands frais. J'ai beaucoup de mal à garder mon calme. Je mets la batterie en charge pendant 30 minutes et je fais ma première tentative. Brooouuum! la bête démarre. Pendant ce temps, je reprends le contrôle de mes émotions, je me calme et fais un tour de la voiture. Elle était vraiment belle dans sa nouvelle robe. Le siège a bien été réparé, je suis très satisfait. Cependant, la douane semble m'avoir volé le porte-clés "bmw 6" que m'a femme m'avait offert et le service de désinfection m'a décollé la moquette sur la porte conducteur. Rien d'irréversible mais je suis passablement hors de moi. Je laisse la voiture tourner un peu et je commence à faire de la géométrie dans l'espace : c'est très juste mais je pense que je peux maneuvrer dans un angle d'1m80 sur 2m50 qui sépare les 2 entrepôts pour accéder à la rampe de déchargement. J'ai fait au moins 20 manoeuvres de précision pour y arriver : on progresse. Le moteur commence à avoir des hoquements puis cale. Enfer, c'est une panne d'essence! Le gars de la société m'emmène à la station la plus proche et je mets 20 litres dans un jerrican. La voiture repart, je suis soulagé, je quitte cet horrible endroit en direction du centre-ville. Passé quelques kilomètres, le voyant de pression d'huile s'allume. Affolé, je m'arrête immédiatement pour vérifier le niveau d'huile. Il est parfaitement convenable, l'huile est toute fraîche (Marcel avait fait une vidange complète) et il n'y a absolument pas d'odeurs suspectes de brûlé. Curieux. Je redémarre, le voyant a disparu, je roule jusqu'au centre ville où une place m’attend dans un stationnement souterrain. Pendant le trajet, je commence à me familiariser avec la sonorité de ma nouvelle ligne d'échappement. C'est très proche de l'origine en bas régime et une véritable jouissance acoustique à partir de 4000 tr.min. Ça respire la qualité, c'est magique.
A quelques kilomètres de l'arrivée, le voyant de pression d'huile se rallume. Impossible de m'arrêter dans le trafic du centre-ville, je continue jusqu'au bout inquiet. Une fois arrivé dans le stationnement, j'ouvre le capot et je procède aux premières vérifications. Pas d'odeur de brûlé, niveaux d'huile et d'eau normaux. Bizarre. Je redémarre la voiture à nouveau : voyant éteint. Je pense que la sonde de mesure de pression doit renvoyer une mauvaise valeur au calculateur, est-ce déjà arrivé à l'un d'entre vous ?
En conclusion : soulagement et bonheur. Soulagement d'être libéré de l'imbécilité de certains de mes interlocuteurs ainsi que la lourdeur de certaines démarches. Grande satisfaction et reconnaissance envers le formidable travail de Marcel. Et merci de m'avoir gardé ma belle beaucoup plus longtemps que prévu. Un gros merci à Hervé pour s'être occupé de l'appel d'offres pour l'approvisionnement groupé des lignes d'échappement en inox. Merci à Sharknose pour avoir amené ma ligne chez Marcel. Et un immense bonheur de pouvoir rouler sur les routes magnifiques du Canada et des États-Unis, tout proche d'ici.
Il ne me reste à date qu'à passer dans un point de service de la SAAQ (équivalence du service des immatriculations des préfectures françaises) pour chercher une plaque à la belle et solutionner ce petit problème de voyant and I'm back on the road!
Ci-dessous, des photos de la restauration, les photos de la ligne d'échappement sont d'Hervé.
Ligne d'échappement en acier inoxydable.




Restauration de la carrosserie.






Presque terminé ...

Tracking du cargo sur Internet, arrivée dans le golfe du St-Laurent.
Entrepôt des douanes canadiennes à Montréal.
Mes 2 amours, ma 6 et ma 330xi.